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Commentaire républicain sur le Manifeste du Front populaire de Libération de l’Ukraine, de la nouvelle Russie et de la Russie subcarpatique

dimanche 3 août 2014, par Jean-Pierre Combe

- Ce Manifeste peut sembler modeste, mais son importance est grande parce qu’il exprime les intérêts que défendent les insurgés dans le sud-est ukrainien, et qu’il le fait sans faire de référence causale aux intérêts de la Russie dont la capitale est Moscou.

- Historiquement, il fait référence à deux concepts de la Russie, sans les opposer à l’Ukraine, mais en les considérant comme des parties de l’Ukraine actuelle ; ces deux concepts datent au moins du dix-septième siècle, si ce n’est du temps où la princesse Anne, fille d’un prince russe, épousait Henri, premier roi de France portant ce nom.
- L’histoire des rivalités de souverains de toute l’Europe est extrêment complexe et, de plus, brouillée par les rivalités d’influences religieuses, non seulement entre les églises catholique et orthodoxe : les princes musulmans, eux-mêmes divisés selon que leur domaine initial était en Mongolie, en Crimée, en Turquie, participaient pleinement à ces rivalités (il est arrivé que des princes chrétiens de Russie soient vassaux de khans mongols) : cette histoire d’avant le quinzième siècle est très mal connue en France, et tous les partis réactionnaires spéculent sur cette ignorance !
- De plus, l’histoire réelle de l’Europe, ne se limite ni aux rivalités des souverains ni à celles des grands prêtres : tous les changements de suzerainetés des territoires, et ils furent nombreux jusqu’au quinzième siècle, ont été marqués par l’arrivée, sur les territoires qui changeaient de suzerain, de nouvelles populations, formées des sujets (femmes et hommes) du nouveau suzerain, lequel leur avait donné l’ordre de le suivre, pour qu’ils encadrent les anciennes populations de son nouveau territoire.
- En effet, les nouvelles populations ne se substituaient généralement pas aux anciennes ; ce qui intéressait les suzerains, les souverains et les grands-prêtres, c’était le travail que les paysans font chaque jour : il n’était pas question d’expulser les anciennes populations paysannes, mais de prendre possession du produit de leur travail actuel et futur ; c’était elles l’enjeu de toutes les rivalités de suzeraineté, de souveraineté et d’influence religieuse !
- Dans certain cas, plus fréquents que nous le croyons aujourd’hui, les nouvelles populations pouvaient être des tribus étrangères que le souverain installait sur certaines de ses terres qu’il jugeait trop peu peuplées ; ce souverain attendait de ces nouvelles tribus qu’elles lui témoignent leur reconnaissance en renforçant la défense de son territoire contre un voisin trop envahissant !...
- Or, ces « nouvelles tribus » pouvaient être d’une autre religion que le « généreux souverain » : c’est ainsi que tout le long de l’ancienne frontière orientale de la Pologne des Jagellon, on trouve aujourd’hui des villages musulmans, abritant les descendants de tribus musulmanes installées là par un roi polonais très catholique pour défendre son royaume contre les tsars russes, eux-mêmes très chrétiens comme on sait ! Il faut donc comprendre que l’histoire des peuples de notre continent est très loin d’être aussi simple que ce que prétendent les divers partis politiques réactionnaires de nos pays !...
- Pour devenir la reine de France, Anna Iaroslavna avait quitté Kiev, que l’on m’a enseignée comme étant alors la capitale de la Russie.
- Mais la définition des souverainetés était alors à ce point floue que certains étendaient alors le sens du mot « Russie » à tous les territoires où habitaient des tribus russes ou apparentées aux Russes, même si elles n’y étaient pas seules ; cela pouvait aller très loin de Kiev, et nous savons par exemple que bien des Serbes, aujourd’hui, se réclament d’une ascendance russe : la « Russie subcarpatique » pourrait bien prendre son sens dans ce cadre ; mais ce sens n’implique absolument pas que tout le monde ait parlé russe de Kiev à Belgrade, et cela n’implique pas non plus que la langue russe ait été unifiée à un quelconque moment de cette histoire : peut-être des populations ont-elles alors parlé une langue locale participant de ce que pouvait être un domaine linguistique russe, de la même manière sans doute que la langue limousine participe au domaine linguistique occitan, mais je ne sais pas s’il existe quelque part un document qui atteste vraiment cela : cela reste une possibilité, vaguement confirmée par l’histoire de la religion orthodoxe, mais à mon sens insuffisante pour fonder une politique !...
- On peut dire la même chose de la « Russie nouvelle », encore appelée de son nom russe « Novorossia », sauf que l’histoire d’une grande partie de l’actuel peuplement de langue russe est mieux connue : il s’agit de paysans qui ont reçu du tsar russe des terres à cultiver contre l’engagement de servir militairement le Tsar en permanence. C’était leur seul engagement, et donc, ils se sentaient libres sur leur terre ; pour cette raison, ils se sont appelés du nom de « Cosaque » ( prononcer « cazac » ), qui signifie « Homme libre » dans la langue du peuple voisin, les Kazakh.
- Donc, ni la « Russie nouvelle », ni la « Russie subcarpatique » ne trouvent dans l’histoire, ni même dans les mythes de l’histoire, une raison de devenir la justification d’une politique.
- Quant à la justification que peut donner la langue parlée, elle est très relative : il est important de prendre deux arguments en considération : d’une part, sur aucun territoire de l’Ukraine actuelle (même en Crimée), la langue russe n’est la langue maternelle unique ; d’autre part, pendant la période soviétique, tous les enfants apprenaient le russe à l’école ; ils ne perdaient pas pour autant l’usage de leur langue maternelle, et cela, c’est le cas général de tous les apprentissages de langue étrangère.
- Quant aux langues parlées sur le territoire ukrainien, lisez le texte du manifeste du Front populaire de libération de l’Ukraine, de la Nouvelle Russie et de la Russie subcarpatique, qui est référencé ci-dessous : il vous donne une liste de ces langues ; dans un texte précédent, j’en avais annoncé au moins dix, mais ce manifeste en annonce quatorze, et ne prétend pas être allé au bout du recensement !
- Du point de vue de la diversité linguistique, l’Ukraine ressemble donc beaucoup à la France, qui compte au moins dix-neuf langues régionales !
- Que faut-il en conclure ? Les traditions longues de l’histoire pèsent sur les politiques présentes, d’autant plus que les églises les entretiennent avec soin : il ne faut pas les tenir pour du simple folklore ; quant aux langues parlées par les habitants du pays, quel que soit ce pays, elles supportent elles aussi des traditions longues, d’autant plus que les religions y ont toujours cherché un véhicule (voyez les « langues sacrées », le latin pour l’église romaine, le « vieux slave » pour l’orthodoxe, l’arabe pour la musulmane, etc...), mais avant tout, deux personnes parlant la même langue échangent évidemment plus facilement et plus vite sur tous les sujets que si elles parlent deux langues différentes.
- J’en conclus que pour comprendre vraiment ce qui se passe en Ukraine, il faut tenir compte de tout cela, et veiller à prendre connaissance des textes adoptés par les habitants de l’Ukraine, quelle qu’en soit la langue : de ce point de vue, il faut prendre connaissance du « Manifeste du Front populaire de libération de l’Ukraine, de la Russie nouvelle et de la Russie subcarpatique », et veiller à bien comprendre ce qu’il signifie, ce qu’il apporte d’information sur le conflit, sur la guerre en cours en Ukraine.
- De l’avoir lu, et traduit, m’autorise, me semble-t-il, à en dire trois mots :
- d’abord, ce manifeste est très proche de notre définition laïque de la République ;
- ensuite, il conçoit que l’Ukraine est aussi mélangée ethniquement que l’est la France ;
- enfin, il propose pour l’avenir une Ukraine dans les frontières de l’Ukraine actuelle (c’est-à-dire sans la Crimée), et dont le gouvernement serait républicain et totalement indépendant de celui de la Russie et de celui de l’Union européenne.

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