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Fonder la philosophie

L’humain, la matière et l’esprit

(...prendre le risque de la philosophie !)

samedi 19 novembre 2005, par Jean-Pierre Combe

La matière
- L’humain prend d’abord connaissance de la matière,

  • par les besoins qu’il a de se nourrir, d’être propre, de se vêtir, de s’abriter ou d’habiter ;
  • par le travail qu’il doit appliquer à la matière pour satisfaire ses besoins ; ces travaux sont divers et vont de la chasse, de la pêche et de la cueillette à l’élevage, aux labours et aux récoltes, à la cuisson des aliments, à l’extraction des minéraux, à la construction des maisons, à toutes les tâches matérielles de l’agriculture et de l’industrie humaines...

- Prenant cette connaissance, il constate tout ce qui fait qu’il est lui-même un animal, en même temps que s’impose à lui l’évidence qu’il est autre chose qu’un animal : cela lui pose une première question spécifique :
- l’humain, qui est un animal sans être un animal, qu’est-ce que c’est ?
- Cette question détourne l’humain de ce qui l’entoure et le tourne vers lui-même : elle fonde la connaissance réflexive.

l’esprit
- Observant tout ce qui le rattache au règne animal et tout ce qui le distingue des animaux, l’humain prend conscience de l’esprit sans pouvoir placer une quelconque matière sous ce nom ; cette prise de conscience le place d’abord devant un mystère, c’est-à-dire devant une question qu’il ne sait pas résoudre :
- l’esprit, cette chose immatérielle, qu’est-ce que c’est ?
- la philosophie naît des efforts que fait l’humain pour répondre à cette question : la poser en est donc un acte fondateur.
- En première approche et en première approximation, les efforts que fait l’humain pour y répondre n’impliquent pas son corps : ils semblent immatériels.
- Si nous en restons à cette première approximation, nous devons considérer que l’effort fait par l’humain pour comprendre ce qu’est l’esprit est un effort de l’esprit : il a pour objet une observation réflexive de l’esprit. Il faut noter que lorsque l’humain se livre à cette observation, il connaît déjà la matière.
- Ce n’est que récemment, relativement à l’histoire de l’humanité, que l’humain a découvert les liens nécessaires qui rattachent les efforts de son esprit à son corps ;
- la nécessité de ces liens est telle que diverses défaillances du corps ont pour conséquence l’impossibilité faite à l’esprit de produire un effort ;
- l’humain a inscrit cette nésessité dans diverses exigences, historiquement et socialement plus ou moins bien respectées : l’antique représentation de l’être humain bien éduqué comme un esprit sain dans un corps sain, la revendication que François Rabelais adressait dès notre Moyen Age aux éducateurs, d’instruire les enfants pour qu’ils aient une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine en témoignent chacune contradictoirement...
- Le rassemblement de diverses questions en une discipline autonome, puis le développement de cette discipline, la philosophie, s’est produit avant que l’on comprenne que des liens indissociables unissent l’effort de l’esprit au corps humain :
- la formation de la philosophie nous a donné à concevoir que c’est au moyen d’un effort de l’esprit que l’humain cherche à comprendre ce qu’est l’esprit, et que cette recherche produit la philosophie.
- Née du mouvement réflexif de connaissance, la philosophie garde la réflexivité dans son essence féconde :
- cher lecteur, il t’est arrivé très certainement plus d’une fois de t’interroger sur une question qui t’était posée : le mouvement de ta pensée qui formait cette interrogation est un mouvement profond et essentiel de la philosophie ; chaque fois que tu t’interrogeais de cette manière, de questionner ton partenaire sur la question qu’il venait de te poser pouvait vous engager tous les deux dans un dialogue philosophique dont la fécondité ne dépendait que de vous deux.
- Il se montre ici que les sources du mouvement qu’est la pensée philosophique sont très largement réparties parmi les humains : quiconque pose une question prend le risque d’en faire jaillir une.
- Il sera bon de s’interroger sur les raisons qui peuvent pousser à voir un danger dans ce risque, sur les raisons qui poussent certains à se sentir menacés par ce danger, qui les engagent à le conjurer et sur la légitimité des mesures qu’ils prennent pour cela.

4 Messages de forum

  • > L’humain, la matière et l’esprit 27 août 2007 07:58, par Louis BALLESTER

    Tout est matière ou une émanation de la matière, y compris l’esprit.
    Pas de chaleur sans une source de chaleur. Pas de lumière sans une source de lumière. Pas de magnétisme sans un objet magnétisé ou un dispositif produisant un champ magnétique et pas d’esprit sans un cerveau ou un système nerveux matériels.
    L’âme, l’esprit, la pensée et maintenant "l’intelligence" (nouveau terme qui remplace celui d’esprit pour les créationnistes), sont trois synonymes pour désigner une même fonction du cerveau.
    L’esprit est une fonction du cerveau comme la rotation est la fonction de la roue. Lorsque la roue est cassée la rotation ne monte pas au ciel, elle disparaît. De même lorsque le cerveau est détruit, la pensée disparaît elle aussi.
    Louis BALLESTER. Secrétaire de l’Association des Athées des Pyrénées-Orientales.
    delavant@tele2.fr
    http://associations.midiblogs.com

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    • > L’humain, la matière et l’esprit 30 août 2007 10:01, par Jean-Pierre Combe

      - Je suis d’accord avec vous pour définir l’esprit comme une fonction du cerveau, en ajoutant que le cerveau est un organe de l’organisme de ce que certains idéalistes célèbres appelaient "la bête", ou "frère l’âne" : cela fait de l’esprit une fonction de notre corps portée par le cerveau. C’est important parce que les informations sur le monde qui environne le corps passent par les organes des sens pour parvenir au cerveau, et que ces organes, ceux de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du toucher, du goût, ne sont pas dans le cerveau.
      - J’émets une réserve sur la synonymie des mots d’âme, d’esprit, de pensée et d’intelligence, que vous semblez admettre : il me semble que ce ne peut être qu’une synonymie restreinte, mais je n’ai pas encore d’argumentation à ce sujet. En tout état de cause, rien ne nous force à admettre pour vérité établie l’usage que fait une école particulière de ces mots.
      - Ce que je souhaite en posant la question ci-dessus, c’est avancer vers une réponse éventuellement complexe à la question : comment l’être humain prend-il connaissance de l’esprit, de son existence, de son essence et de sa consistance ?

      • > L’humain, la matière et l’esprit 18 septembre 2007 21:02, par Louis BALLESTER

        "Comment l’être humain prend-il connaissance de l’esprit, de son existence et de sa consistance ?"

        Pour répondre à cette question il faut avoir résolu la question de l’appartion de la vie, car c’est le propre d’un être vivant d’avoir connaissance de ce qui l’entoure et de lui-même.

        Quant à son essence, je voudrais savoir ce que vous entendez par l’essence d’une chose. En dehors de la chose elle-même, en matérialiste je ne lui connaît pas "d’essence". Quelle est l’essence d’un atome ?
        C’est un mot qui revient souvent dans la bouche des religieux pour laisser entendre qu’il y aurait du divin dans tout ce qui existe.

        delavant@tele2.fr

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